Indépendance, occupations et rétablissement de l’État
Le XXe siècle fut la période la plus brutale et la plus transformatrice de l’histoire lituanienne. En 75 ans, la Lituanie déclara son indépendance, fut occupée par l’Union soviétique, envahie par l’Allemagne nazie, de nouveau occupée par l’Union soviétique, puis se libéra pacifiquement malgré une pression immense et devint membre de l’Union européenne. C’est une histoire extraordinaire.
16 février 1918 : le jour de l’indépendance
La Première Guerre mondiale détruisit trois empires qui avaient longtemps dominé l’Europe orientale : l’Empire russe, l’Empire allemand et l’Autriche-Hongrie. Dans ce chaos, une chance s’ouvrit pour les petites nations de la Baltique, une chance qui aurait pu ne jamais revenir. La Lituanie ne la laissa pas passer.
Le 16 février 1918, à Vilnius, le Conseil de Lituanie, présidé par Jonas Basanavičius, signa l’Acte d’indépendance. Les 20 membres du Conseil le signèrent. L’acte proclamait que la Lituanie rétablissait un État indépendant et rompait ses anciens liens étatiques avec d’autres puissances. C’était une déclaration courageuse, car à ce moment-là l’Allemagne contrôlait encore de fait le territoire lituanien. Mais la décision fut prise, et elle devint un fait historique d’une immense importance pour les années suivantes.
Le 16 février est aujourd’hui l’une des principales fêtes nationales de Lituanie. Ce jour-là, le pays n’était pas encore réellement libre, mais c’était le jour où la Lituanie dit clairement qui elle était et ce qu’elle voulait devenir.
La République de l’entre-deux-guerres
La première République de Lituanie exista pendant deux décennies, de 1918 à 1940, et ces années furent très productives. Une réforme agraire divisa les grands domaines et transféra des terres aux paysans propriétaires. Des institutions modernes furent créées : parlement, tribunaux, armée. L’éducation devint obligatoire. La langue lituanienne, longtemps réprimée ou considérée comme un dialecte paysan, fut enfin reconnue comme langue complète de l’État et du savoir.
Kaunas fut à cette époque la capitale provisoire, car Vilnius était contrôlée par la Pologne. C’était une question douloureuse dans les relations lituano-polonaises. Aujourd’hui, Kaunas conserve de nombreux exemples d’architecture moderniste de l’entre-deux-guerres, et en 2023 cet héritage a été reconnu par l’UNESCO. Pour les visiteurs, c’est l’un des moyens les plus simples de voir l’ambition de la République de l’entre-deux-guerres dans les rues, les bureaux de poste, les immeubles d’habitation et les bâtiments publics.
Le pacte Molotov-Ribbentrop et la catastrophe
Le 23 août 1939, le pacte entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique, ainsi que ses protocoles secrets, préparèrent le partage de l’Europe orientale. Au départ, la Lituanie fut placée dans la sphère d’intérêt allemande, mais l’accord germano-soviétique du 28 septembre 1939 transféra la plus grande partie de la Lituanie dans la sphère d’intérêt soviétique.
En juin 1940, l’Union soviétique présenta un ultimatum. Elle exigeait l’entrée de troupes supplémentaires de l’Armée rouge et la formation d’un gouvernement prosoviétique. La Lituanie, coincée entre l’Allemagne et l’Union soviétique, n’avait pratiquement pas de choix réel. En juillet, un vote prétendument « volontaire » fut organisé, proclamant la République socialiste soviétique de Lituanie et demandant son admission dans l’URSS.
Les démocraties occidentales ne reconnurent pas cette annexion comme légale au regard du droit international, et elles maintinrent cette position pendant toute la période d’occupation.
L’invasion nazie et la Shoah
En juin 1941, l’Allemagne attaqua l’Union soviétique, et la Lituanie passa rapidement sous occupation allemande nazie. Ce fut une catastrophe pour les Juifs de Lituanie. Pendant l’occupation nazie, environ 90-95 % des Juifs de Lituanie furent assassinés, soit environ 190 000 à plus de 200 000 personnes. C’est l’une des pertes proportionnelles les plus élevées subies par une communauté juive dans l’Europe occupée par les nazis.
La Lituanie, comme d’autres pays, poursuit encore aujourd’hui une conversation difficile sur la collaboration et la résistance pendant cette période. C’est douloureux, mais nécessaire. Cette tragédie ne doit pas être oubliée.
Deuxième occupation soviétique et déportations
En 1944, l’Armée rouge revint. La Lituanie redevint une république socialiste soviétique, cette fois jusqu’en 1990. Le pouvoir soviétique déporta des dizaines de milliers de personnes en Sibérie et dans d’autres régions reculées de l’URSS. La première grande vague de déportations, en juin 1941, fut particulièrement brutale : en deux jours, plus de 17 000 personnes furent déportées depuis la Lituanie. La résistance armée dura jusqu’au milieu des années 1950. Les partisans, appelés les frères de la forêt, combattirent dans les forêts et les villages.
Sąjūdis et la Voie balte
En 1988, la Lituanie retrouva sa voix. Sąjūdis, un mouvement de réforme dont le nom signifie simplement « mouvement », rassembla des centaines de milliers de personnes. Il était organisé, pacifique et extrêmement efficace.
Le 23 août 1989, exactement 50 ans après le pacte Molotov-Ribbentrop, environ deux millions de personnes se donnèrent la main dans une chaîne humaine allant de Vilnius à Tallinn en passant par Riga. La Voie balte s’étendait sur environ 600-675 kilomètres. Ce fut l’une des plus grandes manifestations pacifiques de l’histoire européenne et elle montra clairement au monde à quoi ressemble un peuple décidé à être libre.
11 mars 1990 et rétablissement de l’État
Le 11 mars 1990, le Conseil suprême de Lituanie vota par 124 voix pour et aucune contre le rétablissement de l’indépendance. La Lituanie devint la première république soviétique à franchir ce pas. La réponse soviétique fut d’abord un blocus économique, puis la force militaire.
Dans la nuit du 13 janvier 1991, des chars et soldats soviétiques prirent d’assaut la tour de télévision de Vilnius. Quatorze défenseurs non armés furent tués, et près de 1 000 personnes furent blessées. Des centaines de milliers de personnes se rassemblèrent pour protéger le Parlement et d’autres lieux importants avec leurs corps. Les images firent le tour du monde, et la pression internationale sur l’Union soviétique augmenta fortement.
Le 17 septembre 1991, la Lituanie fut admise aux Nations unies. Le 29 mars 2004, elle rejoignit l’OTAN, le 1er mai 2004 l’Union européenne, et le 1er janvier 2015 elle adopta l’euro.
À voir aujourd’hui
À Vilnius, la tour de télévision et le secteur autour du Parlement ne sont pas seulement des lieux de l’époque soviétique. Ce sont des endroits où des personnes non armées ont défendu, en janvier 1991, l’État lituanien rétabli.
La Lituanie aujourd’hui
La Lituanie est aujourd’hui un État démocratique indépendant, membre de l’Union européenne et de l’OTAN. La mémoire de l’État perdu puis rétabli reste importante dans la vie publique. Le 16 février et le 11 mars ne sont pas seulement des jours fériés officiels. Ils relient la Lituanie contemporaine à une longue histoire d’indépendance, d’occupations et de rétablissement de l’État.
L’histoire racontée dans ces cinq chapitres reste visible pour les visiteurs d’aujourd’hui : dans les traditions de l’ambre sur la côte baltique, dans les rues baroques de Vilnius, dans l’architecture moderniste de Kaunas, dans les lieux de mémoire de la période soviétique et dans la langue lituanienne elle-même.
Sources
- Seimas de la République de Lituanie - Origines du parlementarisme moderne
- UNESCO World Heritage Centre - Modernist Kaunas
- Yale Avalon Project - Nazi-Soviet secret protocol, 23 August 1939
- United States Holocaust Memorial Museum - Lithuania
- UNESCO Memory of the World - The Baltic Way
- Seimas - Lithuania and the 1991 Soviet aggression
- United Nations Digital Library - Lithuania admission, 17 September 1991
- NATO - Enlargement and Article 10
- Lithuanian MFA - Lithuania in the European Union
- European Central Bank - Lithuania adopts the euro on 1 January 2015
Principales sources pour les dates et les faits mentionnés dans l’article.